Burkina Faso: Résister à ce coup d’Etat ignoble

Source: lemonde.fr

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La prise d’otage du président Michel Kafando, du premier ministre Yacouba Isaac Zida, ainsi que d’autres ministres du gouvernement de transition perpétrée par le Régiment de sécurité présidentielle (RSP) le 16 septembre s’est muée dès le lendemain en un coup d’Etat.

Au-delà des raisons infondées avancées par le général putschiste Gilbert Diendéré, quelle est l’opportunité d’un tel coup de force à moins d’un mois de l’élection présidentielle et législative qui allait consacrer la fin de la transition et un retour à un ordre constitutionnel normal ?

Une coalition entre le CDP et le RSP contre le peuple
Pour se justifier, Gilbert Diendéré avance dans les colonnes de Jeune Afrique qu’une « grave situation d’insécurité pré-électorale régnait au Burkina ». Et d’ajouter que ses hommes et lui sont « passés à l’acte » en raison « des mesures d’exclusion prises par les autorités de transition » et pour « empêcher la déstabilisation du pays ».

Quand on met en perspective cette déclaration avec les différentes positions du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), l’ancien parti au pouvoir, il peut être établi une connivence entre ces deux entités. Sur les ondes de France 24, Léonce Koné, Vice-président du parti, se refuse à condamner cette action : « Non, je ne la condamne pas du tout. Je ne sais quelle en est l’ampleur, mais je ne la condamne pas ». Et pour cause : « Nous avons dit et répété à plusieurs  reprises. Les élections qui se préparent ne sont pas démocratiques, elles n’ont pas été préparées dans un climat de consensus entre toutes les parties prenantes politiques. Et quand on se comporte de cette manière-là, évidement des choses surviennent ».

Lors d’une conférence de presse à Ouagadougou le 13 août pour dénoncer la mise à l’écart de certains candidats du CDP de la course électorale, Eddie Komboigo, actuel patron du parti, proférait des menaces en ces termes : « S’il n’y a pas d’inclusion, il n’y a pas d’élections. Ceux qui dans leurs rêves ont vu des élections dans l’exclusion, nous leur dirons le contraire ».

Les vraies raisons du coup d’Etat
Cette menace a été mise à exécution avec ce coup d’Etat aussi hilarant qu’absurde. Au-delà de cet argumentaire farfelu avancé par le général putschiste, les vraies raisons sont à rechercher ailleurs.

En effet, ce coup d’Etat intervient au lendemain de la remise par la Commission de la réconciliation nationale et des réformes (CRNR) de son rapport au premier ministre Zida. Parmi les recommandations, qui y sont inscrites, figurait la dissolution du RSP. Dans la foulée, en application de cette recommandation, le conseil des ministres du 16 septembre délibérait sur le projet de loi portant dissolution de cette garde prétorienne. Enfin, un élément non négligeable, le juge d’instruction du Tribunal militaire de Ouagadougou convoquait les avocats en charge de l’affaire Sankara le 17 septembre pour prendre connaissance des conclusions des rapports de l’expertise balistique et de l’autopsie après exhumation des restes présumés de Sankara et de ses compagnons.

Tous ces indicateurs constituaient des menaces évidentes pour le CDP et le RSP. Pour y faire front et pour préserver leurs intérêts communs, ils ont choisi la voie du coup de force. Le postulat de mettre en place un ordre démocratique inclusif, par le truchement du Conseil national pour la démocratie (CND), n’est que subterfuge. Avec toute la barbarie déployée par le RSP (près de six morts et une soixantaine de blessés, selon des sources officielles, manifestants violentés, journalistes agressés, leaders d’opinion menacés et leurs domiciles saccagés et incendiés, tentatives de rassemblement réprimées à balles réelles), on est bien loin d’un pouvoir démocratique.

Engager la résistance
Résister à tous les niveaux et par tous les moyens doit être le mot d’ordre pour tous. Au plan national, c’est la désobéissance civile qui doit conduire à un blocage de toutes les institutions publiques et privées dans toutes les régions. L’armée régulière doit s’impliquer et prendre position du côté du peuple. Comment seulement 1300 hommes peuvent tenir en respect tous les contingents militaires du pays ? A moins d’une complicité avec les putschistes.

Au niveau international, la pression doit être renforcée. Au-delà des déclarations de principe et diplomatiques, la communauté internationale doit prendre ses responsabilités. Elle doit agir. D’abord la France pour ses liens historiques avec le Burkina Faso et pour sa responsabilité morale. Quand elle se défend ne pas pouvoir agir, le fait d’exfiltrer Blaise Compaoré lors de l’insurrection d’octobre 2014 n’est-il pas une ingérence dans le jeu politique burkinabè ? Ensuite les organisations internationales et sous-régionales – ONU, UA, CEDEAO, notamment – doivent prendre de lourdes sanctions contre les putschistes pour les obliger à la reddition. Ce sont ces mêmes menaces qui avaient contraint le Burkina Faso à mettre en place très rapidement un gouvernement de transition. La même pression doit s’exercer ici. La diaspora burkinabè, où qu’elle se trouve, doit se mobiliser et faire entendre au monde entier que, même loin de la mère partie, elle refuse cette forfaitaire.

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