Célébrer la Francophonie à New York [*]

© Solwazi Afi Olusola

© Solwazi Afi Olusola

La Journée internationale de la Francophonie 2014 a été rythmée par deux temps forts à New York, et précisément aux Nations Unies : une table-ronde sur la diplomatie culturelle et le multilinguisme et la Soirée culturelle francophone avec comme invité d’honneur Manu Dibango. Mais au-delà de cette journée, la Francophonie a été célébrée tout le long du mois de mars 2014. Tour d’horizon.

Le Mois de la Francophonie aux États-Unis est le reflet d’une communauté francophone forte, diversifiée et particulièrement dynamique. C’est un espace permettant de fédérer et de valoriser la diversité des initiatives francophones touchant à des problématiques aussi variées que le développement durable, la diversité culturelle, les droits des femmes et la promotion des valeurs universelles. De la Soirée culturelle francophone à la commémoration des victimes de l’esclavage, en passant par la projection du film Tey, jamais la Francophonie n’a été aussi présente aux Nations Unies.

Manu Dibango, à l’honneur à l’ONU
Après le succès de la Soirée culturelle francophone de 2013, on peut dire que la Représentation permanente de l’OIF auprès des Nations Unies à New York (RPNY) a réussi son pari de maintenir le cap en invitant à se produire aux Nations Unies l’emblématique Manu Dibango le soir du 20 mars 2014. Saxophoniste hors pair dont la musique a bercé les générations de ces cinquante dernières années, le roi de l’afro-jazz a donné un concert exceptionnel dans la somptueuse salle de la Delegates’ Dining Room devant plus de 500 invités, dont plusieurs secrétaires généraux adjoints de l’ONU et de nombreux ambassadeurs auprès des Nations Unies.

À cette occasion, Manu Dibango a reçu le Grand Prix de la Francophonie, tout comme M. Hervé Ladsous, Secrétaire général adjoint aux Opérations de Maintien de la Paix des Nations Unies. Le chanteur français Francis Cabrel, présent à New York dans le cadre d’une tournée nord-américaine, et qui a interprété en a capella « Petite Marie » devant un public ému, a reçu le Prix spécial de la Francophonie.

Déjà à la mi-journée du 20 mars, Manu Dibango, Artiste pour la Paix de l’UNESCO, et le réalisateur franco-sénégalais Alain Gomis étaient conviés, avec plusieurs diplomates, dans la salle de l’ECOSOC des Nations Unies à une table-ronde sur la diplomatie culturelle et le multilinguisme. Il y a été question de la culture comme levier de l’action diplomatique en faveur de la paix et du développement.

Le Petit Prince fête ses 70 ans à New York
Publié en 1943 à New York par Antoine de Saint-Exupéry et édité en plus de 270 langues, Le Petit Prince est l’œuvre francophone la plus traduite au monde.

À l’occasion du 70ème anniversaire de l’œuvre, Le Petit Prince a été au cœur d’une large action de diplomatie culturelle conduite par la Représentation permanente de l’OIF à New York, le Département de l’Information des Nations Unies et la Succession Antoine de Saint-Exupéry.

Cette action de diplomatie culturelle s’est traduite par l’organisation d’un concours intitulé « Un vœu pour la planète » et la Journée du Petit Prince le 28 mars à la New York Public Library. En outre, ont été édités en milliers d’exemplaires l’œuvre et un livret mettant en lumière les valeurs qui y sont véhiculées et partagées par les Nations Unies et l’Organisation internationale de la Francophonie.

Et comment ne pas parler de l’exposition du manuscrit de l’œuvre par la Morgan Library & Museum du 24 janvier au 27 avril avec pour thème « The Little Prince: a New York story » ? Ou encore de la série d’activités « The Little Prince: a Planetary Garderner » de la Brooklyn Academy of Music les 25 et 26 avril ?

Tey, un film africain à l’ONU
Le film Tey (« Aujourd’hui » en Wolof), lauréat de l’Étalon d’Or de Yennenga au Fespaco 2013, a été projeté le 18 mars 2014 aux Nations Unies. C’était en présence du réalisateur Alain Gomis et des talentueux acteurs Saul Williams, prix de la meilleure interprétation masculine au Fespaco 2013, et Anisia Uzeyman.

Cette projection a permis à l’équipe du film d’aborder avec le public les conditions de réalisation, de même que les thématiques traitées dont les liens entre l’Afrique et l’Amérique et les questions identitaires.

En mémoire de l’esclavage
La commémoration des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique des esclaves a été organisée par les Nations Unies le 25 mars, en partenariat avec la Mission permanente d’Haïti auprès des Nations Unies, l’OIF et plusieurs autres organisations. Thème choisi : « Victoire sur l’esclavage : Haïti et au-delà ».
À cette occasion, Madame Michaëlle Jean, envoyée spéciale de l’Unesco à Haïti, a prononcé un discours mémorable dans la prestigieuse salle de l’Assemblée générale des Nations Unies devant un parterre de personnalités onusiennes et diplomatiques. Saluant l’engagement des « peuples des Nations Unies » à accomplir ce difficile « devoir de mémoire », elle a exhorté les uns et les autres à passer à l’action : « Car, de la parole, il nous faut passer aux actes, avec la plus grande assurance et toute la constance nécessaire ».

Les femmes et les jeunes, au cœur de l’action francophone
Le prochain sommet de l’OIF qui se tiendra à Dakar en novembre prochain a pour thème : « Femmes et jeunes en Francophonie : acteurs de paix et vecteurs de développement ». En prélude à ce sommet, plusieurs réunions ont été organisées.

En marge de la 58ème session de la Commission de la condition de la femme (10 au 21 mars), l’OIF a organisé le 10 mars dernier aux Nations unies à New York une concertation francophone de haut niveau sur le thème : « Egalité femme-homme et autonomisation des femmes en Francophonie : construire le nouveau programme de développement pour l’après-2015 ». En collaboration avec ONU Femmes, l’OIF se mobilise en faveur de l’adoption d’un objectif spécifique dédié à l’égalité femme-homme, aux droits et à l’autonomisation des femmes, ainsi que de cibles et indicateurs sexo-spécifiques dans tous les autres Objectifs du Développement Durable (ODD).

Concomitamment à la dédicace du livre « Manu Dibango : Balade en saxo dans les coulisses de ma vie », environ 80 jeunes volontaires et stagiaires des Nations Unies et des Missions diplomatiques ont été conviés le 21 mars à une réception par la RPNY. Une occasion pour eux de partager leurs expériences, de renforcer leurs réseaux et d’apprendre davantage sur la Francophonie et son programme de Volontariat international (VIF).

Un regain d’intérêt pour le français dans les écoles
Outre la Bronx High School of Science et la New York French American Charter school, qui ont reçu cette année lors de la soirée du 20 mars les Prix de la diversité culturelle, plusieurs autres écoles ont pris part à la célébration de la Francophonie, dont le Lycée français de New York, la Garvey School, le Lyceum Kennedy et l’École internationale des Nations Unies (UNIS).

Cette année, le French Heritage Language Program (FHLP), membre de FACE (French American Cultural Exchange), a organisé un concours sur le thème « Le Petit Prince : les droits de l’Homme et les droits de l’enfant ».

Cet engagement des écoles pour la célébration du Mois de la Francophonie nous renvoie l’écho médiatique suscité par l’article sur les classes bilingues de New York de Kirk Semple [1], faisant état de la montée en puissance des programmes d’enseignement bilingues français-anglais dans les écoles publiques américaines.

Quant à Pascal-Emmanuel Gobry [2], le français pourrait être la langue de demain. En 2050, il y aura près de 750 million de locuteurs du français, dont la majorité sera en Afrique, un continent avec une croissance économique soutenue.

Passés les débats sur l’importance ou non du français, il demeure un fait : être bilingue ou multilingue offre plus d’un atout dans un environnement mondialisé de plus en plus concurrentiel où la multi-compétence donne toujours une longueur d’avance.

[*]  Cet article a été publié dans le magazine Alizé la vie en mai 2014.

[1] Kirk Semple. – « A Big Advocate of French in New York’s Schools: France ». – New York Times du 30 janvier 2014.

[2] Pascal-Emmanuel Gobry. – « Want To Know The Language of The Future? The Data Suggests It Could Be…French ». – Forbes du 21 mars 2014.

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