Le vélo à Ouagadougou, entre utilité et marginalité

© Plan Belgique

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Le visiteur à Ouagadougou est tout de suite fasciné par le spectacle bluffant qu’offre à voir le ballet incessant de véhicules aussi divers qu’atypiques. La distribution modale fait, en effet, cohabiter, dans les rues sinueuses et poussiéreuses de la ville, une variété d’usagers classiques (voitures, tricycles, deux-roues motorisés ou non, piétons), mais aussi des usagers des plus improbables (ânes et charrettes notamment).

A l’inverse de bien de capitales ouest-africaines, à l’instar de la Côte d’Ivoire et du Sénégal, l’expérience modale est caractérisée par une marginalité du transport en commun et une large diffusion des deux-roues motorisés ou non. C’est ce qui vaut à Ouagadougou l’appellation de capitale des deux-roues.

La place importante du Tour du Faso

Comprendre la place du vélo dans la société ouagalaise permet d’en saisir les pratiques, de dessiner la cartographie de ses utilisateurs, mais aussi de décrire les dynamiques sociales que son utilisation induit, en regard de considérations culturelles.

Le vélo occupe une place prépondérante dans le quotidien des Ouagalais. Son utilisation est d’abord utilitaire, qu’elle soit liée à des pratiques professionnelles (travail, commerce) ou sociales (marché, école, visites sociales, pratiques religieuses, etc.). Cette tradition du vélo se déploie également dans le domaine sportif, avec l’organisation annuelle du Tour du Faso, événement majeur auquel viennent se greffer d’autres expériences sportives du vélo comme le Championnat national de cyclisme, la Boucle du Coton ou les initiatives individuelles pour jeunes, femmes et même enfants. Enfin, non moins important, il est à signaler l’expérience atypique de Sahab Koanda, le Roi de la poubelle, qui à partir de objets de récupération, y compris des pièces de vélos hors d’usage, invente et façonne des œuvres d’art. En outre, il a lancé avec les mêmes matériaux le concept de concert percu-métal où des musiciens réinventent la musique avec des instruments entièrement récupérés.

Le vélo, socialement dévalorisé

Une analyse de la typologie des cyclistes [1] permet de mettre en évidence une couche sociale financièrement démunie, comprenant inactifs, scolaires, étudiants, chômeurs, actifs aux occupations peu rémunératrices et/ou de statut précaire ou évoluant dans le secteur informel (agriculteurs, artisans indépendants ou employés, personnes vivant de petits métiers, vendeurs ambulants). La structure résidentielle [2] de la ville, quant à elle, révèle une concentration des cyclistes dans les quartiers périphériques, rassemblés sous le vocable de non-lotis.

Globalement, le vélo est mal perçu et socialement dévalorisé. Plus utilisé par les pauvres des centres urbains et les populations rurales, le vélo est plutôt associé à l’idée de ruralité et de pauvreté. Nombre de chansons et d’anecdotes en donnent une preuve édifiante, à l’instar du tube à succès du chanteur Zêdess, Ouaga sans char. Derrière cette perception négative du vélo se dessine une correspondance entre hiérarchie sociale et hiérarchie modale [3]. Vecteurs de différentiation sociale, les moyens de déplacement révèlent le statut socio-économique de leurs utilisateurs. Aussi, l’utilisation du vélo met-elle au jour une position sociale défavorisée: le vélo est le moyen de déplacement des pauvres. Cette hiérarchisation sociale se ressent nettement dans l’espace urbain où il y a un dédain en cascade du conducteur de la voiture la plus luxuriante au marcheur, en passant par le motocycliste et le cycliste. C’est une réalité que décrit avec éloquence l’écrivain burkinabè Pierre Claver Ilboudo dans son roman, Adama ou la force des choses, paru en 1987 aux Editions Présence africaine :

« Car dans la société actuelle, on vous situe selon votre moyen de déplacement. Les piétons ne comptent pas. Il y a donc, au bas de l’échelle, ceux qui pédalent ; en deuxième position viennent ceux qui ont un engin à deux-roues à moteur et au sommet se pavanent ceux qui ont une voiture [4] ».

Conséquence, l’usage du vélo parmi les citadins ouagalais diminue, en faveur des moyens de déplacement motorisés, à mesure que ceux-ci accèdent à des revenus financiers plus importants et à un niveau d’instruction plus élevé. Passer du vélo à la moto, puis à la voiture dans le meilleur des cas, marque une forme d’ascension sociale. Une telle situation permet de dire, sans risque de se tromper, que le vélo est un moyen modal transitoire vers de meilleurs lendemains. Cette attitude vis-à-vis du vélo, dont l’utilisation, du reste, relève plus de la contrainte économique que de l’envie, est paradoxale dans un contexte marqué par la précarité économique.

En définitive, l’analyse de la place du vélo à Ouagadougou permet d’éclairer les dysfonctionnements majeurs du transport collectif. Le vélo est une réponse à la crise du transport en commun, mais aussi une réponse aux besoins de mobilité des citadins les plus économiquement faibles. Si des contraintes objectives, comme les conditions climatiques, l’étalement de la ville et l’allongement des distances, limitent son utilisation, le vélo doit aussi faire face à des considérations culturellement ancrées : vélo = ruralité et pauvreté [5].

Ph. haut: www.galeria-out-of-africa.com/ Ph. bas: Vincent Vanhecke

Ph. haut: www.galeria-out-of-africa.com // Ph. bas: Vincent Vanhecke

Notes
[*]
Cet article est une réécriture de mon précédent billet, « Ouaga-deux-roues ou comment entrer dans le secret de Ouagadougou », à l’occasion de ma participation au Congrès Velo-City à Nantes du 2 au 5 juin 2015. Retrouvez mon intervention sur le plateau de TV3 sur le thème « Francophonie, une communauté émergente en faveur du vélo ».

[1] Diaz Olvera Lourdes, Plat Didier, Pochet Pascal. Mobilité quotidienne des citadins à faibles ressources. Les enseignements de Ouagadougou. In: Tiers-Monde. 1999, tome 40 n°160. Études sur la pauvreté, prix agricoles et filières intégrées, nationalistes hindous et développement. pp. 829-848.

[2] Florence Boyer. Croissance urbaine, statut migratoire et choix résidentiels des Ouagalais : vers une insertion urbaine ségrégée ?. Revue Tiers Monde, Presses Universitaires de France. Paris, 2010, pp. 47-64.

[3] Lourdes Diaz Olvera, Didier Plat, Pascal Pochet. Hiérarchie sociale, hiérarchie modale dans trois capitales africaines. BUSSIERE Yves, MADRE Jean-Loup (Eds.). Démographie et transport : villes du Nord et villes du Sud, L’Harmattan, pp. 289-315, 2002.

[4] Cité par Lourdes Diaz Olvera, Didier Plat, Pascal Pochet, 2002, Ibid.

[5] Lourdes Diaz Olvera, Didier Plat, Pascal Pochet, 2002, Ibid.

Entre miracle et mirage, la transition burkinabè à l’épreuve de la réalité

© Sia Kambou. AFP

© Sia Kambou. AFP

Le Burkina Faso est à la croisée des chemins de son histoire politique. En sonnant le glas de l’ère Compaoré, le mouvement insurrectionnel de fin octobre 2014 a opéré un miracle. Personne, ni de la mouvance présidentielle ni de l’opposition, encore moins des observateurs de la scène politique burkinabè, n’entrevoyait un dénouement aussi rapide de l’impasse politique que traversait le pays.

Cette déchéance fulgurante de l’ancien locataire du Palais de Kosyam en a surpris plus d’un et, avec juste raison, suscité beaucoup d’espoir. Tant et si bien que sans attendre les revendications socio-politiques se sont multipliées à travers le pays. Cette dynamique revendicative à tour de bras a trouvé corps dans une expression on ne peut plus claire – plus rien ne sera comme avant. Utilisée tous azimuts, banalisée au fil du temps, cette phrase en vogue porte en elle toute seule l’aspiration du peuple burkinabè au changement, mais cache difficilement la dure réalité à laquelle fait face le gouvernement de transition.

La gouvernance de la rue
L’occasion faisant le larron, beaucoup ont vu dans cette phase transitoire une opportunité en or pour faire entendre leurs voix. Fonctionnaires, travailleurs du secteur privé et acteurs de la société civile n’hésitent plus à battre le pavé, le plus souvent sans préavis et de manière désordonnée. L’important pour ces frondeurs de la dernière minute, engagés dans une logique revancharde, c’est de faire tomber des têtes, sans que ne se profile derrière un projet audacieux de restructuration socio-politique en profondeur. Alors que se posent avec acuité des problèmes cruciaux dans nombre de domaines (santé, éducation, eau et assainissement, chômage, etc.), la Coalition contre la vie chère (CCVC) s’empêtrait, début 2015 par exemple, dans des revendications farfelues pour une modique diminution du prix de carburant à la pompe. Laquelle diminution n’a eu aucune incidence réelle sur le panier de la ménagère.

Le gouvernement bicéphale de la transition, composé du président Michel Kafando et du premier ministre Yacouba Isaac Zida, avait cru bon de chercher à satisfaire toute cette ardeur revendicative. Avant même de prendre la mesure du terrain, ceux-ci avaient multiplié les promesses et les déclarations populistes, enchaîné les limogeages et la dissolution des conseils régionaux et municipaux. En accédant à ces innombrables requêtes, le tandem Kafando-Zida avait ouvert la Boîte de Pandore, alimentant davantage l’appétit contestataire. Au point que ses propres choix ont commencé à être remis en cause, à l’instar de la démission forcée du ministre de la culture et du tourisme, Adama Sagnon, et de celui des infrastructures, du désenclavement et des transports, Moumouni Djiguimdé.

Ainsi se dévoile un gouvernement exsangue et exténué qui, devant les revendications devenues pavloviennes des Burkinabè, a dû demander une trêve aux syndicalistes mi-avril. Juste avant, le premier ministre Zida montait au créneau pour dénoncer ce qu’il a qualifié de mouvement déstabilisateur et mettre en garde ceux qui en étaient les instigateurs.

La révolution acte 2 n’aura pas lieu
Mi-janvier 2015, Luc Marius Ibriga, le Président de l’Autorité supérieure de contrôle de l’Etat, annonçait les couleurs en publiant la liste de ses biens, conformément à la Charte de la transition. Mais il a fallu attendre près de trois mois après pour que s’exécutent les autres membres de la transition. Factices ? Difficile à dire à priori. Incomplètes, ces différentes déclarations posent question. Et la question que l’on est en droit de se poser c’est comment des fonctionnaires de l’Etat, à commencer par le premier ministre dont le patrimoine déclaré s’évalue à plus d’un demi-milliard de francs CFA, ont pu amasser autant de biens dans un contexte général de précarité économique ?

Avaient également défrayé la chronique les émoluments exorbitants des députés du Conseil national de la transition (CNT). Cédant à la pression populaire, ceux-ci avaient revu à la baisse leurs salaires, de plus d’un million à 880 000 francs CFA, et à renoncer à leurs indemnités spéciales de session. Aussi, est-on fondé à croire que beaucoup d’entre eux ont intégré les rangs de l’organe législatif transitionnel dans le seul but de faire fortune.

À la veille du vote de la nouvelle loi électorale, frappant d’interdiction de candidature les personnes ayant ouvertement soutenu le tripatouillage de la constitution, ainsi que les militaires récemment mis en disponibilité, l’on a assisté à des vagues d’arrestations d’anciens barons du régime Compaoré. Les motifs annoncés naviguent entre faux et usage de faux, malversations, surfacturations, etc. Si l’opinion nationale a salué ces arrestations, il est difficile de comprendre pourquoi ces personnes ont été relâchées au bout de quelques jours voire de quelques heures, comme si les torts qui leur sont reprochés s’étaient volatilisés ou n’avaient jamais existé. Cela fait penser à des actes parodiques montés de toutes pièces par des mains secrètes tapies dans l’ombre. La justice peut attendre !

Pire qu’avant ?
La transition avance certes, mais dans quel sens, pourrait-on se demander ? En effet, les services sociaux se sont royalement dégradés, avec des fournitures en eau et en électricité de plus en plus sporadiques, ne dépassant guère parfois les quatre heures par jour. Jamais le Burkina Faso n’a connu pareilles privations. Le silence radio des autorités sur toutes ces questions en est plus qu’écœurant. Jusqu’à très récemment, rien n’avait été dit sur cette situation, surtout en une période caniculaire insoutenable.

En suspendant unilatéralement toutes les émissions radiophoniques d’expression directe, sans un dialogue préalable avec les patrons de stations de radios privées, le Conseil supérieur de la communication a posé un acte liberticide, remettant en cause les acquis en matière de liberté d’expression et de la presse.

Devant ces palinodies, les détracteurs de la transition, dont les déchus de l’ancien régime, rient sous cape. Ils auront beau jeu de conclure à une incompétence notoire des autorités de la transition.

Vers une post-transition optimiste
Le temps est comme suspendu au Burkina Faso. Aujourd’hui tous les regards sont rivés vers le 11 octobre, avec l’espoir que les élections présidentielle et législatives couplées viendront replacer le pays dans un ordre constitutionnel normal. L’affluence et l’engouement pour l’enrôlement biométrique sur les listes électorales en disent long.

Au bout de sept mois de transition, le bilan est mi-figue, mi-raisin. Certes des acquis non négligeables sont à mettre à l’actif des autorités de la transition, comme l’accès aux médias des couches sociales qui en étaient longtemps exclues, le vote de la nouvelle loi électorale ou la réouverture du dossier Thomas Sankara, mais dans le même temps se sont considérablement accentuées d’autres problématiques comme les services sociaux.

Toutefois, confier à la transition l’irréaliste mandat de régler en un an des maux que traîne le Burkina Faso depuis ces vingt-sept dernières années, c’est lui demander l’impossible. N’oublions pas une chose, la priorité du gouvernement de transition est d’organiser les consultations électorales et de passer le témoin aux nouvelles autorités politiques. En attendant, la période de l’après-transition semble porter en elle les relents d’un espoir retrouvé pour un Burkina Faso réconcilié avec lui-même et engagé sur le chemin du développement et de la gouvernance démocratique.

Assinie, comme je ne l’avais jamais imaginée

Assinie 2

Ce n’est pas un village, ni une ville. C’est une station balnéaire hybride, mêlant un peu des deux. Elle se situe à 80 kilomètres à l’est d’Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire. Véritable petite merveille s’étendant sur vingt kilomètres le long du littoral ivoirien, Assinie a le pouvoir de charmer le premier venu avec son calme reposant, ses sables blancs mouvants, ses longs cocotiers ombrageux et ses belles plages grouillant de monde les fins de semaine.

Pour les touristes, les expatriés et les Abidjanais en général, c’est un petit coin de paradis où l’on vient pour se détendre, décompresser et s’échapper de l’angoisse du boulot, des embouteillages monstres, du tumulte et de la pollution de la ville. Pour eux, Assinie se résume à une flopée d’établissements hôteliers haut de gamme, de restaurants-plage proposant de la cuisine européenne et ivoirienne, de villas luxueuses et de paillotes privées. Un lieu où l’on vient faire des balades en quad ou en bateau, de même que pratiquer du sport (beach-volley, surf, ski nautique, jet-ski…).

Mais pour ceux qui sont nés et qui ont vécu en ce lieu et pour ceux qui y habitent, la vision est tout autre. Assinie est bien plus qu’un simple site touristique ou un camp de vacances. Pour nous, au-delà de cette perception,  il y a avant tout des quartiers, des villages, mais aussi des familles, une vie. À Assouindé où j’ai grandi, on se cherche [1]. Puisque les salaires de gardiens de paillotes ne suffisent pas, puisque les gratifications hebdomadaires des patrons généreux ne permettent pas de joindre les deux bouts, il faut bricoler à côté. Dans les champs de manioc ou d’ananas, dans les cocoteraies, dans le petit commerce, dans les petits boulots (menuisiers, maçons, architectes autodidactes…), ou dans l’exploitation de ce que la nature offre de précieux (tisser des palissades de feuilles de cocotiers, couper de la paille pour les toitures de chaume, faire du petit élevage, etc.). Avant la décennie de crise ivoirienne, vers la fin des années 80 et le début des années 90, bien avant la dévaluation du F CFA, quand Assinie n’avait pas entamé sa mue, la nature était encore plus généreuse et les opportunités foisonnantes.

Alors que, fin 2014, mes pas foulaient à nouveau le sol assinien et que la brise douce et fraîche me caressait le visage, surgissaient de ma mémoire des souvenirs lointains comme des arrêts sur images. Il me revenait ces beaux temps passés avec mes amis : nos trajets à pied sur le chemin de l’école, nos matchs de football interminables, pieds nus, dans le sable ou sur la terre rouge, nos sessions de babyfoot dans la boutique-bar-restaurant de mon père, nos parties de pêche à la lagune… Il me revenait ces après-midis le week-end où, lorsque les patrons étaient absents, les gardiens se payaient le luxe de jouer à la pétanque.Je revoyais les visages de tous ces braves gens qui ont quitté leur bercail dans l’espoir de faire fortune sur cette terre d’Éburnie. Mais combien d’entre eux ont-ils tiré leur révérence, las de n’avoir pas vu la terre promise ? Combien d’entre eux ont-ils dû se résigner à retrouver leurs terres natales, le cœur gros de déception et l’âme en peine ? Combien encore continuent de courber l’échine malgré tout et qui, même au soir de leur vie, espèrent toujours que les fruits tiendront la promesse des fleurs ?

Une chose est sûre : Assinie a bien changé. À la fois humainement et physiquement. Tous mes amis se sont installés à Abidjan et nos voisins, les parents de mes amis d’enfance, ont déménagé. Les chalets d’autrefois ont cédé la place aux châteaux. Les Libanais ont presque tout racheté, les Français ayant dû fuir la crise ivoirienne. « Assinie est devenue Beyrouth », me disait un ami.

Lors de ce dernier séjour à Assinie, j’étais animé par un sentiment trouble : je me sentais merveilleusement bien – et retrouver mes racines –, mais en même temps je me sentais étranger. Assinie se présentait à moi sous un nouveau jour : elle était radieuse, élégante et séduisante. Jamais je n’avais posé sur elle ce regard si nouveau, si différent, si plaisant. En fait, c’est cela la force d’Assinie [2] : plus vous vous éloignez d’elle, plus elle vous attire vers elle.

Assinie

Notes
[1] La formule de la débrouillardise en nouchi, l’argot ivoirien.

[2] Alors que sont écrites ces lignes, résonne avec bonheur dans ma tête cette belle chanson de Tom Frager, Home.

Ouaga-deux-roues [*] ou comment entrer dans le secret de Ouagadougou

© alliance/dpa

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Ouagadougou est une petite ville-monde, débordante d’humanité et de générosité. C’est une métropole villageoise [1], à fière allure, où se cultivent intégrité, optimisme déconcertant et foi inébranlable en l’avenir. Elle offre à voir, dans ses rues sinueuses et poussiéreuses, un ballet incessant de voitures rutilantes, de taxis délabrés, de motocyclettes, de bicyclettes, d’ânes et de charrettes.

Dans ce fouillis, il n’est pas rare d’apercevoir des femmes, bébé au dos, chevauchant leur vélo et portant en équilibre sur la tête un grand plateau de fruits. Ou des hommes engloutis par les poulets et les chèvres qu’ils transportent sur leurs bicyclettes à destination des marchés et des maquis [2] ouagalais. Ou des scolaires et étudiants revenant des cours. Ou encore les balayeuses de la Brigade verte [3] rentrant chez elles après leur service. Il faut comprendre que le vélo, à l’instar de la moto, est avant tout multi-utilitaire : il sert à transporter humains, animaux, marchandises, pneumatique, quincaillerie, etc.

On dit de Ouaga que c’est la capitale des deux roues. Les pistes cyclables aménagées dans les principales artères de la ville, tout comme les nombreux parkings, à l’allure de marchés de cycles, en attestent clairement. Les deux-roues, motorisés ou non, permettent de combler un système de transport en commun défaillant. Mais contrairement à une idée reçue, c’est peut-être la mentalité des Burkinabè qui ne permet pas la mise en place d’une véritable politique de transport public. En effet, l’idée de posséder sa propre maison est aussi vraie et prégnante que celle de posséder son propre moyen de déplacement. Ce qui provoque un étalement de la ville, avec l’apparition des non-lotis [4], un allongement des distances et, finalement, des dysfonctionnements majeurs dans les transports urbains.

Dans cette distribution spatiale de la ville, le vélo occupe une part modale importante, quoique se classant derrière la moto. C’est le moyen de transport le plus accessible de tous. Comprendre la place du vélo dans la société burkinabè informe sur cette fracture sociale grandissante, avec une minorité riche qui s’enrichit et une majorité pauvre qui s’appauvrit. C’est ce que les rappeurs Joey le Soldat et Art Melody dénoncent dans le concept Waga 3000 [5]. Les artistes y rappent le vrai visage, misérable, de la ville, en opposition à Ouaga 2000, ce quartier chic avec ses villas cossues à l’architecture futuriste.

À la hiérarchie modale dans la ville de Ouagadougou correspond une hiérarchisation de la société [6]. Dans le trafic ouagalais, il y a un dédain en cascade du conducteur de la voiture la plus luxuriante au marcheur, en passant par le motocycliste et le cycliste. C’est pourquoi à Ouagadougou, quand on est à vélo, on rêve d’avoir une moto, puis une voiture, signe d’une véritable ascension sociale. Car comme le résume si bien le chanteur Zêdess : « Ouaga sans char, c’est la galère [7] ».

Associé à l’idée de ruralité et de débrouillardise, le vélo, tout comme la moto, est un signe distinctif de la capitale burkinabée, mais aussi objet-témoin de la paupérisation de la population. Tout en servant de moyen modal transitoire vers de meilleurs lendemains, le vélo est également une réponse à la crise du transport en commun. Mais, il peut très bien aussi, quand il n’est plus d’usage, trouver une seconde vie auprès d’un certain Sahab Koanda, le roi de la poubelle, à travers ses inventions métallurgico-artistiques [8] ou son concept de concert percu-métal [9].

Notes [*] Cette expression s’inspire du film documentaire de Idrissa Ouédraogo intitulé : « Ouagadougou, Ouaga deux roues », réalisé en 1984.

[1] Voir à ce sujet le magnifique reportage radiophonique de France Culture « Ouagadougou ville-mondes – escale 1 : Ouaga, ville lumière africaine », produit par Jean Michel Djian et réalisé par Angélique Tibau. L’émission a été diffusée le 21 septembre 2014.

[2] Terme désignant les bars au Burkina Faso et dans d’autres pays de la sous-région ouest-africaine.

[3] Créée en 1995 par la Mairie de Ouagadougou, elle est constituée de femmes assurant le balayage de la ville. Lire à ce sujet : Merneptah Noufou Zougmoré,              « Brigade verte : Ces femmes balayeuses et fières de l’être », L’Événement. L’article a été publié sur le site de Lefaso.net le 19 septembre 2005.

[4] Terme employé pour désigner les quartiers périphériques de Ouagadougou, constitués de maisons en terre installées anarchiquement sans viabilisation préalable. C’est en quelque sorte des villages urbains ne bénéficiant pas de services de base comme l’eau et l’électricité. Consulter à ce sujet: http://www.issp.bf/Publications/OPO/Focus/OuagaFocus_2012_3_FR.pdf
[5] Julien Le Gros, « Waga 3000: ‘‘l’autre visage de Ouaga’’. Portraits d’Art Melody et Joey le soldat », Africultures, 23 mars 2013.

[6] Diaz Olvera Lourdes, Plat Didier, Pochet Pascal, « Mobilité quotidienne  des citadins à faibles ressources. Les enseignements de Ouagadougou » in Tiers-Monde, 1999, tome 40 n°160, Études sur la pauvreté, prix agricoles et filières intégrées, nationalistes hindous et développement, pp. 829-848.

[7] Le terme « char » signifie motocyclette. En raison de la faiblesse du système de transport en commun, se déplacer dans la ville de Ouagadougou devient problématique lorsqu’on n’a pas de moyen de déplacement. Écouter à ce propos la chanson de Zêdess intitulée : « Ouaga sans char ».

[8] http://www.galeria-out-of-africa.com/fr/browse/page/shop.browse/category_id/28

[9] http://www.ateliers-frappaz.com/residence-kokondo-zaz-sahab-koanda.

Burkina Faso : le bal des contestations absurdes ou l’opportunisme à outrance

Source: lefaso.net

Source: lefaso.net

La politique? Non ce n’est pas ma tasse de thé. J’ai toujours préféré l’observer, de très loin. Tout au plus, je me bornais à commenter l’actualité au sein du cercle fermé de mes amis et connaissances. Mais l’urgence de la situation au Burkina Faso m’interpelle. Je sors donc de mon mutisme, politiquement parlant, bien sûr. Je franchis le Rubicon.

Tous, nous avons applaudi l’engagement sans précédent d’une jeunesse consciente qui, les mains nues, a affronté des militaires armés jusqu’aux dents. Nous avons également applaudi la chute du régime de Blaise Compaoré, vieux de 27 ans. Surtout, nous avons loué la diligence avec laquelle, en l’espace de moins de deux semaines, la situation a été maîtrisée et un pouvoir de transition mis en place. Tout ceci est le signe d’une maturité du peuple burkinabè, de sa prise de conscience de ses libertés fondamentales et de son désir profond d’un lendemain meilleur.

Cependant, ce qui est difficile à comprendre c’est cette vague de contestations, de revendications et de grèves, sans queue ni tête. On comprend que les acteurs culturels n’acceptent pas Adama Sagnon à la tête de leur ministère de tutelle. Procureur du Faso, c’est lui qui a annoncé le non-lieu de l’affaire Norbert Zongo, ce journaliste-investigateur assassiné en décembre 1998. On peut aussi comprendre que ces mêmes acteurs s’interrogent sur l’opportunité de décorer Greg le Burkinbila, seulement deux ans après la sortie de son premier album.

En revanche, on comprend mal pourquoi ces acteurs culturels ont vu d’un mauvais oeil l’annonce du concert de Tiken Jah Fakoly, en hommage aux martyrs de la révolution des 30 et 31 octobre 2014. A leurs yeux, c’est une tentative d’usurpation de la victoire des révolutionnaires. Mais le Balai citoyen, en organisant des concerts au lendemain des événements, n’a-t-il pas ouvert la voie à d’autres manifestations de ce genre ? On comprend mal aussi que des bouchers prennent la rue pour demander la démission du directeur de l’abattoir frigorifique de Bobo-Dioulasso. Que des agents de la Cameg contestent la nomination de leur nouveau directeur. Que les agents de la télévision privée Canal 3 exigent la démission immédiate et sans condition de leur direction. Que des agents du ministère des Infrastructures, du désenclavement et des transports exigent la démission de leur ministre de tutelle. Que des jeunes demandent le départ d’Assimi Kouanda, ancien patron du CDP, du quartier de Zogona. Et que sais-je!

A tous ces contestataires de la dernière minute, j’ai envie de leur poser cette question: où étaient-ils tout ce temps pour ne sortir du bois que maintenant ? L’insurrection populaire a ouvert le champ des possibles, me dira-t-on. Certes, mais agissons en toute responsabilité et dans la bienséance. Sans preuve, parfois sur la base de rumeurs, brûlant les étapes (pas de plateforme revendicative, pas de préavis, pas de négociation), on revendique à tout va. Même si les raisons sont tout aussi incongrues qu’absurdes. L’exemple le plus absurde, je crois, est celui-là: on reproche au nouveau directeur de la Cameg d’avoir été proche de l’ancien pouvoir. J’ai juste envie de rire. Y a-t-il au sein de la classe politique burkinabè, à commencer par l’organe dirigeant de la transition, un seul homme à n’avoir pas trempé, de près ou de loin, aux affaires sous le régime Compaoré?

Qu’on se le dise: le mandat de l’organe de transition n’est pas de régler des problèmes, qui dans le fond, n’en sont pas. Il s’agit en priorité d’expédier les affaires courantes et d’organiser des élections démocratiques, libres et transparentes en novembre 2015, selon l’expression consacrée.

Or jusque-là rien n’est fait concrètement dans ce sens. On nous a habitués à des déclarations populistes, à une chasse aux sorcières et à des actions dilatoires (suspension des conseils régionaux et municipaux, ainsi que de quelques partis politiques de l’ancienne mouvance présidentielle, nationalisation de la Socogib licenciements, etc.). N’est-ce pas le propre de toute révolution que de satisfaire les besoins de ceux qui ont milité à sa naissance ?

Il est vrai, c’est encore tôt pour apprécier l’action du gouvernement de transition. Mais une chose est sûre, en cédant aux multiples revendications, les autorités actuelles semblent avoir ouvert la boîte de Pandore. Ce qui donne l’impression d’une gouvernance lâchée aux vents, tel un bateau abandonné, tanguant au milieu des eaux tumultueuses.

L’impératif aujourd’hui, c’est de respecter l’esprit et la lettre de la transition, mais aussi de restaurer l’autorité de l’Etat et la confiance avec le peuple. En aucun cas, les autorités de la transition n’ont vocation à demeurer au-delà de novembre 2015.

Stop Ebola, une campagne mondiale en décibels

Stop Ebola

Il est une actualité qui défraie la chronique ces derniers mois : Ebola. Tout autant que la montée en puissance du terrorisme dans plusieurs parties du monde, la fièvre hémorragique fait couler beaucoup d’encre et de salive. Depuis sa réapparition fin décembre 2013 en Guinée, son expansion exponentielle suscite des réactions tout aussi absurdes qu’incongrues. A la crise sanito-humanitaire inhérente à cette épidémie a succédé la crise de la phobie.

Le 30 octobre 2014, paraissait dans le New York Times une tribune [1] de la célèbre chanteuse béninoise Angélique Kidjo. Elle y dénonçait l’attitude désinvolte d’une opinion publique occidentale encline à diaboliser exagérément tout le continent africain du fait du virus Ebola. Cette posture, poursuit-elle, remet au goût du jour les préjugés fantaisistes au sujet d’une Afrique en proie aux maux les plus sinistres. Une situation qui présente le risque d’une déshumanisation de l’Afrique. Le hashtag « #IAmALiberianNotAVirus », circulant sur la twitosphère, en réaction à ce que certains qualifient de racisme et d’afrophobie, en est une parfaite illustration.

C’est un sentiment entièrement partagé par Michel Sidibé, Directeur exécutif de l’Onusida et Secrétaire général adjoint des Nations Unies. « J’ai l’impression de revivre les années 1980, quand, face au VIH, prévalaient la peur et l’exclusion » [2], s’indigne-t-il dans une tribune parue en décembre dans Jeune Afrique.

Dédramatiser Ebola en chanson
Avant cette saillie médiatique d’Angélique Kidjo, d’autres artistes africains ont joint leurs voix à la campagne de sensibilisation et de lutte contre la maladie. A priori banale, cette mobilisation de la communauté artistique prend les allures d’un plan de sauvetage. En effet, nombreux sont encore ceux, sur le continent, qui sont dubitatifs quant à la réalité du virus. [3]

A titre individuel ou au sein de collectifs, les artistes ont fait le choix de la simplicité et de la concision pour véhiculer leur message. « Stop Ebola », c’est le mot d’ordre repris en chœur dans les chansons dont l’architecture sémantique reprend les précautions d’usage et les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé : éviter de manger la viande de brousse, se laver les mains avec du savon, respecter les mesures d’hygiène, éviter tout contact direct avec le sang et les liquides biologiques des malades, etc.

« Un geste pour la vie », résume le collectif des artistes de la Guinée et de la sous-région ouest-africaine. Mais c’est aussi un cri d’espoir.« Pas de fatalité, ni de résignation / Pas de banalité, ni de soumission », poursuit le collectif, avant d’ajouter : « On s’en sortira !».

En unissant leurs voix autour de l’épidémie d’Ebola, les artistes ravivent la flamme d’une solidarité africaine légendaire contre une maladie qui se propage en totale méconnaissance des frontières physiques. Venant d’univers musicaux divers et de différents pays, ils sont engagés jusqu’au bout. Certains d’entre eux font plus d’une apparition à l’image du Sénégalais Didier Awadi qui chante au sein du collectif des artistes de la Guinée et de la sous-région ouest-africaine et du collectif Africa Stop Ebola. Après une parodie de « Umbrella » de Rihanna, intitulée « Ebola est là », sur l’apparition du premier cas d’Ebola au Sénégal, son compatriote Xuman s’engage également auprès du mouvement Y en a marre. Sollicitant parfois les plus jeunes, comme dans le clip « Stop Ebola » du collectif Ménéwou du Togo ou avec les enfants de Sen P’tit Gallé du Sénégal dans le clip du mouvement Y en marre, les artistes rappellent que cette crise épidémique touche tout le monde sans exception: petits et grands, hommes et femmes.

La gravité de la maladie ne semble pas autoriser de détournement fantaisiste, à l’instar de la star ivoirienne du coupé-décalé DJ Lewis qui banalisait en 2006 dans une chanson la grippe aviaire H1N1. « La grippe aviaire est vaincue en Côte d’Ivoire. Pendant que ça agit ailleurs, nous on prend pour faire concept », lançait-il dès l’entame du morceau. Contre le virus Ebola, dont le taux de létalité peut atteindre les 90%, vaut mieux prendre un air plus ou moins sérieux, même sur une rythmique entraînante coupé-décalé. Sous la casquette d’un reporter, il met tout de suite en garde : « Ebola, c’est dangereux. [Le message est simple : tu t’amuses, ça te tue». Même son de cloche avec son compatriote Israël Yoroba, journaliste et web-entrepreneur, qui prodigue des conseils à travers une chanson reggae.

Dans un souci d’efficacité évidente, dans un contexte marqué par un faible taux d’alphabétisation, les textes sont chantés, outre le français et l’anglais, dans les langues vernaculaires : mooré, jula, bambara, wolof, soussou, malinké, lingala, éwé, mina, kabiè, etc.

Misant sur sa popularité, la diva de la musique ivoirienne Aïcha Koné a d’abord lancé un single dénommé « Ebola », avant d’inviter d’autres artistes à participer à cet élan solidaire dans un deuxième titre, « Ebola act 2 ». En faisant passer de courts messages sur des pancartes, elle semble vouloir rattraper ce qu’elle a oublié de véhiculer en premier lieu, c’est-à-dire un message fort : « Soyez prudents », « Ebola est notre ennemi » ou encore « Ebola est une réalité ».

Si la sensibilisation est le leitmotiv de cet engagement des artistes africains, ceux-ci ne perdent pas de vue le plus urgent : les pays africains touchés par la maladie ont besoin du vaccin, comme le précise le collectif Africa Stop Ebola. Amené par l’ivoirien Tiken Jah Fakoly, ce collectif regroupe des icônes de la musique africaine comme Amadou et Mariam, Salif Keïta, Barbara Kanam et Mory Kanté.

Danser contre Ebola
Reprenant le principe du Ice Bucket Challenge, l’ONG américaine Emergency USA a lancé début octobre le mouvement #ShakeEbolaOff.

Le principe est simple : mettre en scène une performance chorégraphique, sur une musique de son choix, et faire un don à l’ONG, avant de lancer le défi à d’autres personnes. Les réactions ne se sont pas faites attendre. Depuis, plus de 360 vidéos ont été postées sur les réseaux sociaux. Plusieurs personnalités se sont prêté au jeu. C’est l’exemple de l’actrice Naturi Naughton, du réalisateur Kevin Bacon, des Denver Bronco Cheerleaders, de la star Brandon Bryant de l’émission « So You Think You Can Dance » ou encore du chorégraphe Chris Downey. Objectif : récolter un million de dollars [4].

Ce défi n’est pas sans rappeler cet autre défi, #MousserContreEbola, qui s’inscrit dans la même veine. Lancé mi-août par la blogueuse ivoirienne Edith Brou, il consiste à se verser un seau d’eau savonneuse ou, à défaut, à distribuer un lot de boîtes de gel hygiénique pour les mains [5].

En attendant le remède, prions et frimons !
Pendant que les sociétés médicales et pharmaceutiques sont à pied d’œuvre pour essayer de trouver le remède contre Ebola, l’heure est à la prière. Décrit par certains comme le sida du 21ème siècle, le virus suscite plusieurs interrogations. « Sommes nous réellement à la fin de ce monde ? [] Ou c’est la nature qui nous envoie juste ses mauvaises ondes ? », se demande le collectif des artistes du Burkina Faso. Puis de préconiser : « Si c’est une malédiction, alors prions ». Pour le collectif des artistes guinéens et de la sous-région ouest-africaine, il n’y a pas de doute : « C’est la volonté divine / Prions jour et nuit ». Métamorphosé en guérisseur traditionnel, DJ Lewis opte d’invoquer les mânes des ancêtres pour conjurer le sort de l’Ebola en pleine forêt tropicale. Comment ? En offrant une danse expiatoire consistant en un roulement frénétique de bassins.

A quelque chose, malheur est bon. La crise de l’Ebola a aussi ses côtés positifs. Passons ici tout le commerce qui se développe autour de la maladie. En manque de visibilité, le Libérien George Weah, ancien footballeur international et candidat malheureux à l’élection présentielle de 2005, s’est saisit de l’occasion pour se relancer sur la scène internationale avec une chanson contre Ebola [6]. Engagé dans un bras de fer avec JB Mpiana, Koffi Olomidé a récupéré à son propre compte le sobriquet censé être injurieux que ce dernier lui a attribué : “Vieux Ebola”. Même si cela lui a valu une brève mise en garde, il s’en est saisi pour se faire le défenseur des malades du virus. Enfin, on retrouve un DJ Lewis fringant qui se félicite de sa popularité : « j’ai été contacté par l’OMS, le Ministère de la santé de la Côte d’Ivoire, le Ministère de la santé du Burkina Faso, le Ministère de la santé de la Guinée équatoriale, George Weah et Samuel Eto’o fils ».

Finalement, entre propositions artistiques originales et guerre médiatique, la campagne de lutte contre le virus Ebola a passé les frontières des canaux traditionnels de sensibilisation. La mobilisation contre le virus Ebola se poursuit et s’intensifie, comme avec le collectif All against Ebola en ce mois de décembre ou, en dehors du continent africain, avec les artistes britanniques et français. Mais, il ne faut pas occulter la réalité : plutôt préoccupés par la fulgurante propagation du virus, beaucoup ont laissé de côté l’essentiel, à savoir aider les pays les plus touchés à lutter contre la maladie dans un élan de solidarité internationale soutenue.

Notes
[1] Angélique Kidjo, « Don ‘t Let Ebola Dehumanize Africa », The New York Times, 30 octobre 2014.

[2] Michel Sidibé, « Ebola et sida, même combat », Jeune Afrique N° 2813 du 7 au 13 décembre 2014, p.33.

[3] Jeune Afrique, « Ebola : 17 malades s’enfuient après l’attaque d’un centre d’isolement au Liberia », 18 août 2014.

[4] Alice G. Walton, « Grassroots Social Media Campaign Aims To Raise $1 Million In The Ebola Fight », Forbes, 21 octobre 2014 .

[5] Amandine Schmitt, «  »Mousser contre Ebola », le Ice Bucket Challenge à l’ivoirienne », Le Nouvel Observateur, 17 septembre 2014.

[6] Damien Glez, « Liberia : Ebola maître chanteur », Jeune Afrique, 28 août 2014.