Partager mon expérience de VIF [*]

Avec le SG Abdou Diouf à Paris

Je m’appelle François Bouda, originaire du Burkina Faso, le pays des Hommes intègres. Je suis titulaire d’une Maîtrise de Gestion et Administrations Culturelles et d’une Licence d’Anglais de l’Université de Ouagadougou. J’ai travaillé comme Administrateur de la compagnie de danse contemporaine, Auguste-Bienvenue, puis comme Chargé de communication du Centre de Développement Chorégraphique La Termitière (CDC) de Ouagadougou, dirigés par les chorégraphes Salia Sanou et Seydou Boro.

Un engagement pour des causes nobles
Lors de mon précédent séjour à Philadelphie aux États-Unis, je me suis engagé comme volontaire pour le Phildelphia Live Arts and Philly Fringe et le First Person Arts. Cette brève expérience a fait naître en moi le désir de donner un peu plus de mon temps et de mon expertise pour des causes nobles.

Ce fut donc avec beaucoup d’intérêt que j’ai accueilli la nouvelle de mon admission en qualité d’Assistant de projets de la communication et de l’action culturelle au sein de la Représentation permanente de l’OIF auprès des Nations Unies à New York (RPNY).

La Représentation permanente de l’OIF à New York
Ce poste revêt pour moi une double importance. D’une part, il me donne une véritable opportunité d’apprendre et de renforcer mon savoir-faire acquis dans le cadre de précédentes formations continues sur les financements des industries culturelles. D’autre part, je réalise mon rêve de travailler dans un contexte international qui me plonge dans le monde diplomatique.

J’ai vécu l’annonce de ma sélection pour le programme de volontariat comme une grande chance de vivre des expériences enrichissantes et uniques, tant sur le plan professionnel que personnel. Je ne me suis guère trompé car je vis pleinement ma mission de volontaire et prends beaucoup de plaisir à bien la mener.

Une ambiance de travail stimulante et chaleureuse
J’ai été séduit par la disponibilité et l’ouverture de l’équipe de la RPNY qui a facilité grandement mon intégration dans ce milieu professionnel multiculturel. La présence de Clarisse, également Volontaire internationale de la Francophonie en charge des problématiques de développement durable, y a aussi joué un rôle prépondérant.

Je suis honoré de travailler aux côtés d’une personnalité comme M. l’Ambassadeur Filippe Savadogo qui, non sans un humour remotivant, sait trouver les mots justes pour nous parler des valeurs et des missions de la Francophonie. Il partage également avec nous son expérience de diplomate et d’homme de culture et tend une oreille attentive à nos préoccupations. Par ailleurs, il nous encourage à participer aux réunions aux Nations Unies. Je me réjouis aussi de travailler avec Patricia Herdt, l’adjointe au Représentant permanent, qui m’inspire par son charisme, sa capacité de travail et son professionnalisme. J’apprends beaucoup auprès d’eux, ainsi qu’avec les autres collègues, notamment les éléments du langage et du protocole diplomatiques.

Au mois de mars, Mois de la Francophonie, j’ai travaillé sur la programmation des activités de commémoration à New York et aux Nations Unies. Ce qui m’a permis d’être en lien avec de hautes personnalités, de découvrir le bouillonnement artistique de la ville de New York, mais surtout le dynamisme de la communauté francophone. L’un des temps forts de ce mois a été la Soirée culturelle Francophone aux Nations Unies avec comme invité d’honneur l’emblématique Manu Dibango pour un concert exceptionnel.

Immersion à New York !
Bien que déjà venu à deux reprises aux États-Unis, je découvre la ville de New York avec un grand enthousiasme. Elle ne cesse de me fasciner par le gigantisme de ses tours, la beauté de ses lumières surtout celles de Times Square, son infinité de possibilités et sa fascinante diversité culturelle. Mais – il ne faut pas le nier ! –, c’est aussi une ville où le soleil ne se couche jamais et où on n’a jamais assez de temps pour tout faire. Si j’étais sceptique avant mon arrivée, je peux aujourd’hui attester avec force conviction l’assertion d’un ami qui a le sentiment qu’à New York les jours comptent moins de 24 heures.

Et il fait froid ! Très froid je devrais dire. Nous avons vécu un hiver très rude avec des tempêtes de neige à engloutir les véhicules et faisant tomber les températures jusqu’à – 16° C. Pour le Sahélien que je suis, c’était une bien difficile épreuve ! Le printemps pointe du nez et j’en suis fort heureux.

Un autre défi qui s’est posé à moi a été de comprendre comment prendre le métro. Il m’a fallu plus d’un mois pour maîtriser le trajet en métro de mon appartement jusqu’à nos bureaux et pour me déplacer aisément dans la ville.

Mes relations professionnelles m’ont souvent permis d’aller voir ou d’être invité à voir des pièces de théâtre, des spectacles de danse ou des concerts. En outre, tant que je peux, je participe aux deux rencontres hebdomadaires des volontaires et stagiaires des Nations Unies, ce qui me permet de tisser des relations avec des jeunes de nationalités et d’horizons divers.

Encore plus de VIFs !
J’encourage les jeunes Francophones du monde entier, et en particulier les jeunes Africains, à s’engager au Volontariat international de la Francophonie. C’est une expérience unique à vivre absolument ! Car, pour ma part, plus rien ne sera comme avant : je suis positivement marqué par cette belle expérience qui nourrira ma carrière professionnelle et façonnera ma personnalité. J’envisage désormais l’avenir avec beaucoup d’optimisme grâce à ce programme de volontariat.

[*] Cet article a été publié sur le 7 avril 2014 sur le site Internet de l’OIF consacrée à la jeunesse.

La culture dans le post-2015. Pilier ou faire-valoir du développement ?

© Nestor Da

© Nestor Da

Le samedi 19 juillet 2014, le Groupe de Travail Ouvert (GTO) sur les Objectifs de Développement Durable (ODD) clôturait sa treizième session par l’adoption de son rapport. C’est une première victoire dans le processus d’élaboration du prochain programme de développement post-2015. Surtout au regard de la complexité des enjeux et de la difficulté à concilier des intérêts tout aussi disparates que divergents. Mais plus encore, ce rapport soulève la question de ce qui est prioritaire et de ce qui devrait être pris en compte dans le programme. Cette double interrogation sert de prétexte pour remettre sur la table des débats la problématique du lien entre culture et développement.

En effet, on assiste depuis un certain temps à un regain d’intérêt pour la dimension culturelle dans le développement. Alors que la communauté internationale se réjouit de l’adoption fin 2013 d’une troisième résolution sur « culture et développement durable », les appels se multiplient en vue de l’inclusion de la culture, de façon transversale ou comme objectif spécifique assorti de cibles, dans le prochain programme de développement post-2015. Le rôle de la culture dans la durabilité du développement est défendu à l’envi par les organisations internationales comme l’Unesco et l’OIF, qui n’hésitent pas à se liguer afin de porter ce plaidoyer en haut lieu.

Une mobilisation qui semble porter ses fruits. D’abord, la résolution de l’ONU sur « culture et développement durable » établit un lien direct entre la culture et les trois piliers du développement : l’efficacité économique, la qualité environnementale et l’équité sociale. Ensuite, la Déclaration de Hangzhou, « Mettre la culture au cœur des politiques de développement durable », publiée en mai 2013, plaide fortement en faveur de l’intégration d’un objectif centré sur la culture dans le programme de développement post-2015. Enfin, en 2013, lors de sa Revue ministérielle, l’ECOSOC inscrivait spécifiquement, pour la première fois, à son ordre du jour, les affaires culturelles comme l’un des thèmes de débat.

Mais, ne nous y trompons pas. Ce qui semble être une évidence au sein de la communauté internationale ne s’est pas traduite de façon claire et précise dans le rapport final de 20 pages du GTO. Sur l’ensemble des 17 objectifs identifiés, la culture n’est citée que quatre fois. Dans l’introduction, le point 9 évoque la Déclaration de Rio+20, L’avenir que nous voulons, qui reconnaît explicitement la capacité de toutes les cultures et de toutes les civilisations à contribuer au développement durable. Ensuite, la culture refait son apparition dans l’objectif 4 sur « l’éducation et l’apprentissage tout au long de la vie ». Ici la diversité culturelle et le rôle de la culture dans le développement sont décrits comme moyens, parmi tant d’autres, d’acquérir le savoir et les compétences nécessaires pour promouvoir le développement durable. Au niveau de l’objectif 8 sur « la croissance économique et les emplois décents », c’est la valeur marchande de la culture qui est mise en avant. Les politiques mises en place devront permettre, d’ici à 2030, de promouvoir un tourisme durable capable de créer des emplois et de promouvoir les cultures et les produits locaux. Enfin, dans le point 12 abordant la question des « modèles de consommation et de production durables », il est question des mécanismes de mise en œuvre et d’évaluation des impacts du tourisme durable.

Nul besoin de s’appeler Cassandre ou Protée pour réaliser que la dimension culturelle du développement continue de faire face à des blocages institutionnels et politiques. C’est à croire que la culture sert, malgré les apparences trompeuses d’une conviction ancrée dans plusieurs décennies de lutte, un discours démagogique, voire un effet de mode.

Mais que peut réellement la culture quand, dans un contexte globalisé, de nouveaux défis se posent au monde, incluant, entre autres, terrorisme international, crises politico-militaires, changement climatique, catastrophes naturelles, austérité économique et crises épidémiques ? Dans les pays en développement, surtout en Afrique, où tout est prioritaire, les urgences du moment autorisent-elles objectivement à s’intéresser à la culture ?

C’est justement dans ce contexte trouble que la culture doit être considérée et promue comme une solution efficace vers la durabilité du développement. En plaçant l’homme au centre des préoccupations, la dimension culturelle permet de créer le lien et d’agir sur les aspects sociaux, économiques et environnementaux des projets développementalistes. C’est ce qu’évoquait, à juste titre, Léopold Sédar Senghor quand il affirmait ceci : « Comme chef d’Etat, j’ai toujours pensé que l’homme, c’est-à-dire la culture, était au commencement et à la fin du développement » [*].

Comme tout autre domaine, la culture, sous toutes ses formes, est une composante essentielle du développement durable. Secteur économique porteur, elle stimule la créativité et l’innovation, génère des revenus et crée des emplois. Tout en apportant des solutions innovantes et efficaces à la réduction de la pauvreté, elle crée les conditions idoines pour l’inclusion sociale et une éducation de qualité. La culture permet, en outre, de prévenir les conflits, de protéger l’environnement et de promouvoir les identités culturelles. C’est le credo de toutes les organisations et de tous les acteurs engagés dans cette vaste campagne en faveur de l’inclusion de la culture dans le post-2015.

Il est encore temps d’agir ! Alors que les négociations interministérielles débuteront en janvier 2015, les actions de plaidoyer des États, des organisations et des acteurs du développement pro-culture doivent se poursuivre et se renforcer. Cela afin de lever les équivoques et de faire en sorte que la culture puisse pleinement jouer son rôle de moteur et de levier du développement. Que lui soit accordée dans le prochain programme de développement post-2015 la place qui lui revient, celle d’un pilier essentiel, traduit en objectif et en cibles. C’est la condition sine qua non pour assurer la durabilité du développement.

[*] Une citation de Senghor publiée dans « Notre Librairie », n° 81, Oct. Nov 1985. Numéro spécial consacré à : « La littérature Sénégalaise ». Elle est reprise dans Les Actes du colloque « Léopold Sédar Senghor : la pensée et l’action politique », organisé par la section française de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, Paris, 26 juin 2006.