Burkina Faso : le bal des contestations absurdes ou l’opportunisme à outrance

Source: lefaso.net

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La politique? Non ce n’est pas ma tasse de thé. J’ai toujours préféré l’observer, de très loin. Tout au plus, je me bornais à commenter l’actualité au sein du cercle fermé de mes amis et connaissances. Mais l’urgence de la situation au Burkina Faso m’interpelle. Je sors donc de mon mutisme, politiquement parlant, bien sûr. Je franchis le Rubicon.

Tous, nous avons applaudi l’engagement sans précédent d’une jeunesse consciente qui, les mains nues, a affronté des militaires armés jusqu’aux dents. Nous avons également applaudi la chute du régime de Blaise Compaoré, vieux de 27 ans. Surtout, nous avons loué la diligence avec laquelle, en l’espace de moins de deux semaines, la situation a été maîtrisée et un pouvoir de transition mis en place. Tout ceci est le signe d’une maturité du peuple burkinabè, de sa prise de conscience de ses libertés fondamentales et de son désir profond d’un lendemain meilleur.

Cependant, ce qui est difficile à comprendre c’est cette vague de contestations, de revendications et de grèves, sans queue ni tête. On comprend que les acteurs culturels n’acceptent pas Adama Sagnon à la tête de leur ministère de tutelle. Procureur du Faso, c’est lui qui a annoncé le non-lieu de l’affaire Norbert Zongo, ce journaliste-investigateur assassiné en décembre 1998. On peut aussi comprendre que ces mêmes acteurs s’interrogent sur l’opportunité de décorer Greg le Burkinbila, seulement deux ans après la sortie de son premier album.

En revanche, on comprend mal pourquoi ces acteurs culturels ont vu d’un mauvais oeil l’annonce du concert de Tiken Jah Fakoly, en hommage aux martyrs de la révolution des 30 et 31 octobre 2014. A leurs yeux, c’est une tentative d’usurpation de la victoire des révolutionnaires. Mais le Balai citoyen, en organisant des concerts au lendemain des événements, n’a-t-il pas ouvert la voie à d’autres manifestations de ce genre ? On comprend mal aussi que des bouchers prennent la rue pour demander la démission du directeur de l’abattoir frigorifique de Bobo-Dioulasso. Que des agents de la Cameg contestent la nomination de leur nouveau directeur. Que les agents de la télévision privée Canal 3 exigent la démission immédiate et sans condition de leur direction. Que des agents du ministère des Infrastructures, du désenclavement et des transports exigent la démission de leur ministre de tutelle. Que des jeunes demandent le départ d’Assimi Kouanda, ancien patron du CDP, du quartier de Zogona. Et que sais-je!

A tous ces contestataires de la dernière minute, j’ai envie de leur poser cette question: où étaient-ils tout ce temps pour ne sortir du bois que maintenant ? L’insurrection populaire a ouvert le champ des possibles, me dira-t-on. Certes, mais agissons en toute responsabilité et dans la bienséance. Sans preuve, parfois sur la base de rumeurs, brûlant les étapes (pas de plateforme revendicative, pas de préavis, pas de négociation), on revendique à tout va. Même si les raisons sont tout aussi incongrues qu’absurdes. L’exemple le plus absurde, je crois, est celui-là: on reproche au nouveau directeur de la Cameg d’avoir été proche de l’ancien pouvoir. J’ai juste envie de rire. Y a-t-il au sein de la classe politique burkinabè, à commencer par l’organe dirigeant de la transition, un seul homme à n’avoir pas trempé, de près ou de loin, aux affaires sous le régime Compaoré?

Qu’on se le dise: le mandat de l’organe de transition n’est pas de régler des problèmes, qui dans le fond, n’en sont pas. Il s’agit en priorité d’expédier les affaires courantes et d’organiser des élections démocratiques, libres et transparentes en novembre 2015, selon l’expression consacrée.

Or jusque-là rien n’est fait concrètement dans ce sens. On nous a habitués à des déclarations populistes, à une chasse aux sorcières et à des actions dilatoires (suspension des conseils régionaux et municipaux, ainsi que de quelques partis politiques de l’ancienne mouvance présidentielle, nationalisation de la Socogib licenciements, etc.). N’est-ce pas le propre de toute révolution que de satisfaire les besoins de ceux qui ont milité à sa naissance ?

Il est vrai, c’est encore tôt pour apprécier l’action du gouvernement de transition. Mais une chose est sûre, en cédant aux multiples revendications, les autorités actuelles semblent avoir ouvert la boîte de Pandore. Ce qui donne l’impression d’une gouvernance lâchée aux vents, tel un bateau abandonné, tanguant au milieu des eaux tumultueuses.

L’impératif aujourd’hui, c’est de respecter l’esprit et la lettre de la transition, mais aussi de restaurer l’autorité de l’Etat et la confiance avec le peuple. En aucun cas, les autorités de la transition n’ont vocation à demeurer au-delà de novembre 2015.

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